Les anglonautes

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Les textes non référencés

sont écrits par les Anglonautes.

 

 

 

Anaphore

    Ling. - Depuis Bloomfield, on appelle anaphore la relation d'une forme à une autre à laquelle on renvoie dans le discours ; l'exemple le plus courant est celui des pronoms dits personnels : La lune se levait; ELLE était énorme et rougeâtre (FLAUBERT). Mais l'article peut aussi avoir une fonction anaphorique : Elle prit un chocolat... LE chocolat était énorme. Il en est de même des démonstratifs, qui peuvent être anaphoriques aussi bien que déictiques. L'anaphore n'est qu'un aspect de la pronominalisation ou substitution, et par ailleurs dépasse le cadre de ce phénomène.

Mounin, Georges (sous la direction de), Dictionnaire de la linguistique,
Paris, PUF / Quadrige,
3e édition,
2000,
ISBN 2 13 044881 X, ISSN 0291 0489.
Définition de Anaphore : Roggero, Jacques. www.puf.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Every time she chucks anything dirty into it, she is insulting the old republic

          phase 1                                                  phase 2

 

    Ici l'anaphore a pour origine une opération d'équivalence sémantique qui, il faut le souligner, exige pour être bien saisie un contexte-avant relativement important. Quelle est cette opération ? Le fait de jeter des saletés dans une poubelle sur laquelle on a écrit la république équivaut à insulter la république : le groupe nominalisé insulting the old republic peut ainsi être appliqué à she (qui est royaliste).

 

    Une remarque n'a pas été faite jusqu'ici, à savoir que le sujet grammatical d'un énoncé en be + -ing ne peut en aucun cas être agent et ce pour la raison fort simple qu'un tel énoncé est par définition dominé par l'énonciateur qui met en relief l'opération métalinguistique de prédication. On pourrait, par ailleurs, rappeler à cette occasion qu'il n'y a plus de verbe à proprement parler dans ce type d'énoncés, mis à part be qui met en relation les deux groupes nominaux en présence. La conséquence qu'il faut tirer de cet état de choses, c'est que les énoncés en be + ing sont essentiellement statiques, contrairement à ce qu'avance la tradition prise au piège de l'extralinguistique. On a donc NP be NP en équilibre, ce qui ne devrait pas surprendre puisque le caractère thématique du prédicat en -ing a été souligné plus d'une fois. Nous sommes loin de "l'action qui dure" et de ses avatars.

Adamczewski Henri, Grammaire linguistique de l'anglais,

61-62, 1993 (première édition 1982), ISBN 2-200-21409-X.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Les paramètres à la construction des anaphores

    Geneviève Girard, Cycnos, Volume 18, N° 2.

 

    Introduction

    O. Ducrot, après d'autres auteurs, note en 1984 dans Le Dire et le dit que l'un des problèmes de la linguistique est l'utilisation qu'elle fait des mots de la langue usuelle pour des concepts qu'elle veut scientifiques. Le terme "anaphore" est un de ces termes dont la définition est loin d'être très précise. Nous allons essayer de voir les différents sens qu'il prend pour écarter des utilisations à notre sens abusives, et donc sources de confusions néfastes à un projet d'explication de certains faits de langue, avant de nous demander s'il est pertinent de considérer toute pro-forme comme une anaphore.

 

 

I. Le terme "anaphore" et ses différentes acceptions

Le terme "anaphore" est utilisé dans différents contextes, et donc nécessairement avec des acceptions variées. Pour ne prendre qu'un exemple, Louis Roux, dans son introduction aux Actes de l'Atelier sur l'Anaphore (Atelier de linguistique, SAES Bordeaux, 1987) prenait le terme "anaphore" dans le sens qu'il a en rhétorique : procédé visant à un effet de symétrie, d'insistance, par répétition d'un même mot ou groupe de mots au début de plusieurs phrases ou propositions successives.

Chez les linguistes, le sens varie également, et va d'un sens très restreint à un sens très large qui englobe tout phénomène de reprise, ce qui n'est pas sans poser un problème de fond: un concept très large peut-il avoir une quelconque valeur explicative ?
[1]

 

 

I.1. Une approche syntaxique

La définition la plus stricte se trouve dans le modèle Gouvernement et Liage, élaboré au début des années 80. Le terme "anaphore" y est utilisé pour renvoyer uniquement aux pronoms réfléchis et réciproques, et il s'oppose au terme de "pronominal" qui renvoie aux autres pronoms. Cette distinction est motivée par la nécessité de définir très précisément la manière dont la construction de la référence se met en place pour ces deux types de données
[2] :

- pour les anaphores, l'antécédent est dans le domaine local ; l'anaphore est dite liée par son antécédent, en ce qui concerne la référenciation :

(1) John hurt himself.

(2) John made Mary look at herself in the mirror.

C'est le Principe A de la théorie du Liage.

- alors que l'interprétation du pronominal est libre :

(3) John hurt him.

(4) John made Mary look at him.

C'est le Principe B de la théorie du liage.
[3]

La théorie distingue, de plus, entre anaphore / pronominaux (qui sont des éléments phonétiquement pleins) et l'ellipse du Syntagme Nominal (PRO), qui est une "anaphore" non réalisée phonétiquement.

La théorie s'est petit à petit mise en place depuis les travaux de Langacker (1969) et la notion de "précède-commande": un pronom ne peut précéder son antécédent que s'il ne le commande pas. Cette règle explique qu'il puisse y avoir co-référence entre il et Pierre, en dépit de l'ordre linéaire dans l'énoncé suivant :

(5) le fait qu'il ait cassé son vélo ennuie plutôt Pierre.

La théorie est une tentative d'explication du fait que l'on n'a pas, contrairement à l'intuition d'abord l'antécédent, puis l'anaphore. La hiérarchisation de la structure syntaxique doit, en effet, être prise en compte pour expliquer également la co-référence possible dans :

(6) tous les gens qui le connaissent trouvent Pierre amusant.

La théorie est améliorée par Reinhart (1976) car la théorie de Langacker ne prédit pas convenablement toutes les contraintes sur les relations anaphoriques. Elle introduit la notion de c-commande pour rendre compte de la grammaticalité, avec co-référence, de :

(7) toutes ces attaques contre lui agacent le président.

Cette théorie s'intéresse aux relations de co-référence dans le domaine local de la phrase. Elle ne s'intéresse pas aux relations de co-référence pouvant exister entre un élément a) dans un premier énoncé et un élement b) dans un autre énoncé. Elle considère, en effet, qu'il faut faire une distinction entre les règles qui jouent à l'intérieur de la phrase et celles qui jouent au niveau de l'enchaînement discursif.

Les travaux de Anne Zribi-Hertz montrent que les règles de la grammaire de phrase ne sont pas remises en cause par les règles du discours. En effet, quel que soit l'enchaînement on a toujours, pour marquer la co-référence :

(8) he hurt himself

et pour marquer la non co-référence :

(9) he hurt him.

Mais le pronom réfléchi peut jouer un rôle autre, dans les cas de non co-référentialité patente, celui d'explicitation indirecte du "sujet de conscience". Ce pronom, lié à longue distance, a une interprétation particulière, dite, logophorique (Hagège, 1974), car son antécédent incarne ce que Banfield (1982) nomme un sujet de conscience (A. Zribi-Hertz, 1996 : 190).

Le roman de R. Rendell, Simisola, commence par les lignes suivantes :

(10) There were four people besides himself in the waiting-room and none of them looked ill.

Avec himself R. Rendell nous indique que c'est le personnage dont elle va nous donner le nom plus tard qui est le témoin de ce qui se passe, et que c'est par son regard que nous allons entrer dans l'histoire. Elle s'efface ainsi en tant que narrateur omniscient, qui aurait dit :

(11) There were four people besides him in the waiting-room,

et "laisse la parole" à un narrateur rapporté.

Dans la théorie du Gouvernement et du Liage, l'anaphorisation est un phénomène qui concerne principalement les GN, et les propositions qui sont nominalisées.

Nous pouvons faire une parenthèse ici pour faire remarquer que tout élément linguistique ne s'anaphorise pas. On ne peut pas anaphoriser les éléments fonctionnels : temps, modaux, phénomènes d'accord, de détermination. Si seuls les éléments lexicaux peuvent être anaphorisés, qu'en est-il des adjectifs, des adverbes, des verbes ? Nous n'avons pas le temps de réflêchir sur ce point, mais les verbes apparaissent plutôt sous forme elliptique :

(12) John has not written to his parent yet, but he will soon.

 

 

1.2. Une approche énonciative

Le terme "anaphore" est utilisé dans une autre perspective par H. Adamczewski lorsqu'il s'en sert pour rendre compte de la forme be+V-ing.

Nous avons analysé ailleurs cette approche
[4], et nous ne reprendrons que quelques aspects du problème ici. H. Adamczewski considère qu'un énoncé avec be +V-ing constitue une anaphore, car il reprend un énoncé antérieur. Ainsi, dans :

(13) When she said that she missed the bus, she was lying,

l'énoncé she was lying est la reprise, avec commentaire, de l'événement unique : she said that she missed the bus.

Mais est-ce suffisant pour dire qu'il y a "anaphore" ?

Dans les définitions classiques de l'anaphore, il est admis que l'anaphore est, référentiellement parlant, plus pauvre que son antécédent
[5], puisqu'elle ne peut être interprétée sans lui. Dans le cas que nous venons rapidement d'évoquer, l'énoncé en be +V-ing est plus précis que l'énoncé au prétérit simple, puisque mentir sous-entend dire. Utiliser le terme d' "anaphore" dans ce cas, c'est donner une autre signification au concept existant, et, par là, lui faire perdre sa pertinence explicative.

L'utilisation que H. Adamczewski fait, dans un autre contexte :

(14) Leave her alone, she's working,

de la notion d' "anaphore", en parlant d'anaphore situationelle, est un écart encore plus grand par rapport au concept initial. Par "anaphore situationnelle", il entend le lien qui existe entre une situation de l'extralinguistique repérée par l'énonciateur et sa traduction langagière. Il s'agit, en fait, du phénomène général de "référenciation", c'est-à-dire du phénomène de représentation que la langue met en place. Parler d'"anaphore" pour ce phénomène c'est dire, en d'autres termes, que tout énoncé est anaphorique, puisque tout énoncé vaut pour une référenciation visée. Le concept d'"anaphore" perd alors entièrement sa spécificité.

Il va donc être nécessaire maintenant de réfléchir sur la différence souvent faite entre "anaphore" et "deixis".

Cette première partie nous a permis de cerner le problème: les langues naturelles utilisent des anaphores, car elles peuvent désigner le même référent de deux manières différentes
[6] : l'une directement interprétable, l'autre indirectement interprétable.

Pour que le système fonctionne, la langue doit se donner des règles strictes d'interprétation. Dans le cadre de la phrase, les règles sont très contraignantes; dans le cadre d'un texte, l'anaphorisation fonctionne tant que le récepteur ne se perd pas dans les modes de désignation... Souvent, ce sont des connaissances autres que linguistiques qui assurent la cohérence référentielle ; ainsi, il faut savoir que Garmony et le Ministre des affaires Etrangères ne sont qu'une seule et même personne pour comprendre l'extrait suivant :

(15) Garmony inclined his head briefly in acknowledgement. 'Fair enough point. But in the real world, Mr Linley, no justice system can ever be free of human error.' Then the Foreign Secretary did an extraordinary thing which quite destroyed Clive's theory about the effects of public office and which, in retrospect, he was forced to admire. Garmony reached out and, with his forefinger and thumb, caught hold of the lapel of Clive's overcoat and, drawing him close, spoke in a voice that no one else could hear. (Ian McEwan, Amsterdam, p 16)

Notons ici, au passage, la relation d'anaphorisation entre: did an extraordinary thing, et reached out ..., dont il serait intéressant de creuser les composants.
[7]

 

 

II. Anaphore endophorique / anaphore exophorique (co-texte / discours)

On oppose souvent anaphore et deixis. A. Zribi-Hertz (1992) dit, par exemple que " l'anaphore est une relation entre deux expressions linguistiques au sein du discours." La "deixis" est une relation entre le texte et les entités hors du texte, accessibles dans la situation d'énonciation, c'est-à-dire l'univers des objets. L'interprétation déictique se met en place quand l'attention de l'interlocuteur est attirée par une entité non précédemment nommée qui fait partie "physiquement" de la situation dans laquelle l'échange de paroles a lieu.

On oppose en parallèle les anaphores endophoriques (relation au co-texte), et les anaphores exophoriques (anaphores sans antécédent, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'élément linguistique présent qui soit à l'origine de l'interprétation de l'anaphore).

Nous allons reprendre ici les analyses de Cornish, puis essayer de voir jusqu'où elles peuvent nous mener dans la compréhension du phénomène d'anaphorisation.

Revenant sur les travaux de différents auteurs, Cornish veut montrer que les anaphores exophoriques sont en fait des anaphores de même type que les anaphores endophoriques, et que l'exophore est une manifestation plus centrale du phénomène d'anaphorisation que l'endophore. Le point central de son argumentation est qu'il faut un "antécédent" cognitivement récupérable, mais cette récupérabilité n'est pas nécessairement pointable de manière spécifique.

Il discute, tout d'abord, l'exemple de Halliday & Hasan :

(16) Wash and core six cooking apples. Put them into a fireproof dish

et adopte le point de vue de Morgan, pour qui, il n'y a pas co-référence stricte entre six cooking apples, et them, dans la mesure où six cooking apples n'est pas une expression référentielle, mais une expression quantifiée. Ce n'est que dans le cours de la recette que les six pommes, une fois choisies par le cuisinier, et donc existentiellement identifiables, deviennent l'antécédent de them. Il faut donc le passage par une représentation mentale des données pour que la relation antécédent-anaphore se mette en place. Il en va, de même, pour un exemple de Kleiber :

(17) Le Ministre de l'Education National est en vacances. Elle séjournera deux semaines au bord de la mer.

La compréhension de elle : pronom [ + féminin, + sg, + 3e personne ], ne se fait pas directement par rapport à l'antécédent, le Ministre, qui n'est qu'une désignation de l'individu - incluant nécessairement la marque du genre en français, ici le "masculin". Elle se fait grâce à la réprésentation mentale que met en place l'auditeur de l'énoncé, qui, en se construisant une image du Ministre, et en se rappelant que c'est une femme, fait correctement l'interprétation de elle. Si l'auditeur n'a pas cette connaissance, en revanche, l'interprétation de elle devient problématique, car il ne pourra pas relier le ministre et elle. Le recours au féminin code ici le sexe de l'individu, et non le genre du nom ministre. Ceci signifie, nous y reviendrons, que l'énonciateur met sans cesse en regard les significations que la langue construit et les représentations qu'il a du monde.

Dès 1970, Rosenberg
[8], cité par Cornish, avait fait remarquer que dans l'échange suivant :

(18) Premier prisonier : Qu'est-ce que c'est? Le gardien : le potage du chef au vermicelle ... Premier prisonnier :

elle est inmangeable.

elle est le pronom féminin correspondant au nom de l'aliment tel qu'un prisonnier l'appelle, à savoir soupe.

Il est facile de trouver de tels exemples en français, où il y a non correspondance entre le genre de la tête nominale dans la désignation, et le sexe de l'individu référé :

(19) Pierre est une personne tout à fait serviable; il m'a encore donné un coup de main hier (*elle)

Il est important de constater que langue et connaissance du monde jouent main dans la main. Dans l'échange (20) :

(20) A : Il y a une personne en bas qui veut te voir. B : Fais-la monter

l'énonciateur B dit la ici car il n'a pas encore identifié l'individu en question, et il reprend alors le genre de personne, qui est féminin.

Mais dans l'échange (21):

(21) A : Il y a une personne en bas qui veut te voir. B : C'est sûrement Paul; fais-le monter.
[9]

La représentation mentale qu'a B, du fait de données situationnelles telles que Paul devait arriver à cette heure précise, l'amène à opter pour la pro-forme le -lien avec l'individu masculin Paul, et non la - lien avec la désignation langagière une personne.

Tout ceci amène Cornish à faire une distinction entre ce qu'il appelle :

(22) le déclencheur d'antécédent (antecedent trigger), et

(22') l'antécédent proprement dit (le GN exprimé)

Le problème qui se pose est le problème de la récupérabilité de l'antécédent. Cela suppose que, parmi tous les éléments mémorisés, celui qui est pertinent soit choisi correctement. Tout ceci se fonde sur la mémoire à court terme. Le procédé d'anaphorisation a besoin d'un soutien mémoriel fort, ce qui peut expliquer que le procédé d'anaphorisation concerne principalement les SN qui sont référentiellement parlant les données les plus stables - le phénomène de "permanence" de l'objet n'y est peut être pas pour rien.

Notons, au passage, que dans un espace situationnel bien défini, un énoncé tel que :

(23) Passe-le moi
[10]

ne pose pas de problème d'interprétation et renvoie au journal, par exemple.

Il semble même que l'énoncé elliptique :

(24) Passe-moi le ...le ...

soit suffisant pour faire sens, l'article masculin évoquant à "demi-mot" le journal.
[11]

L'idée est donc que la construction de la référence se met en place en plusieurs temps :

- tout d'abord il y a une représentation mentale effectuée grâce aux données sémantiques et syntaxiques de l'énoncé ou des énoncés antérieurs ;

- puis, à partir de ces données, le récepteur (et le locuteur également) se construit des représentations qui se modifient éventuellement, en intégrant des connaissances afférantes

- dans un troisième temps, cette nouvelle représentation est présentée sous une forme anaphorique induite par cette représentation, et non plus par le GN antécédent.

Dans une thèse très intéressante sur l'ellipse, Desurmont rejette l'énoncé suivant :

(25) my mother told me not to forget to buy the flowers, and my father the wine.

car certaines règles syntaxiques sont violées. Mais il nous semble que la mise en place des représentations induites par la première infinitive not to forget to buy the flowers rend l'interprétation de la deuxième possible, du fait du parallélisme que l'auditeur va nécessairement construire entre la mère, qui demande quelque chose, et le père qui demande autre chose. Le maintien en mémoire des éléments pertinents rend l'ensemble acceptable.

On peut se demander maintenant pourquoi c'est la relation antécédent --> anaphore qui a surtout été prise en compte dans les études sur l'anaphore. Cela peut tenir, en partie, aux corpus utilisés, car ces corpus sont principalement des textes de fiction. Or, dans un texte de fiction, l'auteur est obligé de construire langagièrement tout le décor, tous les éléments dans lesquels évoluent ses personnages : la situation n'est, alors, pas perçue par l'intermédiaire des sens - vue, ouie, odorat, toucher - mais par la représentation que mettent en place les énoncés.

Dans l'enchaînement suivant :

(26) He was sitting against the wall of the entryway, with his legs and lower trunk inside his sleeping-bag, smoking a roll-up. I said, "Hey out of it, you can't sleep here."
(D.Lodge, Therapy)

c'est la mention de sleeping-bag, par le narrateur, qui permet au lecteur d'interpréter le it. Il va de soi que dans une situation réelle, le lexème sleeping-bag n'a pas besoin d'être prononcé - l'objet n'a pas besoin d'être désigné - pour que le it fasse sens pour le jeune homme.

On a, de même :

(27) 'Gill and I used to be married.' 'Jesus.' I lit a cigarette straight away. 'Jesus.' 'Yes. Do you mind if I have one?'
(J.Barnes, Love, Love, etc.)

Le lecteur ne peut comprendre one que du fait de la présence du nom "antécédent" cigarette, alors que dans un échange face à face, l'existence de la cigarette que tient l'un des personnages permet, à elle seule, l'interprétation de one.

Nous pouvons maintenant revenir sur l'opposition "anaphore" / "deixis" pour voir jusqu'à quel point elle est pertinente. Dire que l'on a une interprétation par "deixis" quand il n'y a pas d'élément repérable dans le co-texte, pour l'interpréter, ne me semble pas une manière satisfaisante de poser le problème. Cette problématique, en effet, sous-entend que tout élément pronominal est anaphorique, du fait, non pas qu'il est relié à un autre élément dans une relation de co-référence, mais parce qu'il est référentiellement parlant pauvre. Mais parler de "référence pauvre" c'est parler d'un autre phénomène : celui de la pertinence du choix lexical, et de la détermination, pour que le message soit compris. Considérer qu'un it est une anaphore exophorique parce qu'il n'a pas d'antécédent, c'est enlever de la situation d'énonciation tout ce qu'elle comporte comme éléments directement - sans le langage - percevables, donc repérables, par les locuteurs-auditeurs. Dire : Can you peel these for me, devant un tas de carottes, a une signification tout à fait claire, car le tas de carottes présent devant l'auditeur de l'énoncé ne requiert pas la désignation carrots pour s'intégrer à l'univers représentationnel de ce dernier. En d'autres termes, la pro-forme déictique these a une signification aussi précise que these carrots, et n'est pas à proprement parler une anaphore. Est-ce même une pro-forme? Oui, morphologiquement parlant, non, semble-t-il, sémantiquement parlant.

Il faut alors faire l'hypothèse que par rapport à une situation d'énonciation donnée - espace où le repérage des données peut se faire principalement sensoriellement - un pronom est tout aussi plein référentiellement parlant qu'un Syntagme nominal.

Cette hypothèse est, en quelque sorte, confirmée par l'existence de ce que nous appelons les "antécédents flous", ou peut être plus précisément les "antécédents non dicibles".

 

 

III. Les antécédents "flous" ou "non-dicibles"

III.1. Réflexion sur l'interprétation de certains it


Le problème n'est pas, ici, de trouver un antécédent précis, c'est-à-dire un Syntagme nominal, ou une proposition qui permet l'interprétation de l'anaphore, mais de ne pas pouvoir dans l'énoncé en question remplacer l'anaphore par son antécédent. En d'autres termes, seule l'anaphore est possible. Voici quelques exemples :

(28) "It's private property", I said. "Property is theft", he said, with a sly sort of grin. "Oh ho," I said, covering my surprise with sarcasm, "a Marxist vagrant. What next?" "It werent' Marx," he said, "it was proud one." Or that's what it sounded like." "What proud one?" I said. "I dunno, but it weren't Marx. I looked it up once." (D.Lodge, Therapy)

Le that dans that's what it sounded like renvoie à ce que vient de dire le personnage, c'est-à-dire : proud one, non pour le sens, mais pour l'ensemble phonique. Quant au it, dans it sounded like, il renvoie au nom qu'il a vu dans le dictionnaire, et qu'il a lu, mentalement, peut-on imaginer, avec la phonologie de l'anglais, d'où la déformation graphique proud one, pour Proudhon. Dans le cas de ces deux "anaphores", il semble assez difficile de les remplacer par leurs antécédents, ou alors on obtient une phrase complexe telle que : ?? the phonemes you have just heard me utter are what the name I found in the dictionary sounded like when I mentally pronounced it ...

On a les mêmes difficultés avec l'exemple suivant pour les deux premiers it :

(29) Two former lovers of Molly lane stood waiting outside the crematorium chapel with their backs to the February chill. It had all been said before, but they said it again. "She never knew what hit her." "When she did it was too late." "Rapid onset."`"Poor Molly." "Mmm." Poor Molly. It began with a tingling in her arm as she raised it outside the Dorchester Grill to stop a cab; a sensation that never went away. (Ian McEwan, Amsterdam, p 7)

Ici le it prend sa référence dans l'après du texte : ce sont toutes les phrases prononcées par les deux hommes. Mais peut-on réellement les remplacer par un antécédent : ?? that she never knew what hit her, when she did it was too late ... had already been said before, but they said that she never knew what hit her again, when she did ....

Il semble, en fait, que la pauvreté référentielle de it soit ce qui permet le mieux au lecteur d'imaginer les paroles que tout un chacun prononce dans une telle situation. Ce sont celles fictivement prononcées dans le roman, bien sûr, mais d'autres possibles aussi.

Dans l'exemple (30) le it renvoie, d'après le texte, à their affair, mais là aussi le remplacement rend l'ensemble peu acceptable :

(30) It was nothing more than a mistake, Molly and Garmony.

(30') ? Their affair was nothing more than a mistake, Molly and Garmony.

Le it englobe tout ce que la relation entre Molly et Garmony était, beaucoup mieux que tout syntagme nominal lexicalement plein. Le personnage qui prononce la phrase laisse à chaque auditeur de son message le soin de "remplir" ce it en fonction de ce qu'il connaissait de Molly et de Garmony .

Certains cas de remplacement semblent encore plus impossibles, et nous allons en analyser quelques uns maintenant.

 

 

III.2. Le non-dicible

(31) As a leader in one broadsheet put it to its readers on Friday morning: "It seems to have escaped the attention of the Judge that the decade we live in now is not like the one before." (Ian McEwan, Amsterdam, p 126)

La phrase commençant par it seems ... traduit comment le journaliste s'est exprimé, quels mots il a employés. Or ces mots étaient utilisés pour communiquer un certain sens, le sens justement qui est construit à partir des éléments présents dans : It seems to have escaped the attention of the Judge that the decade we live in now is not like the one before."

Autrement dit le it dans as a leader put it, n'a pas d'antécédent autre que la phrase : it seems to have escaped ..., et il est absolument impossible d'avoir: *as a leader put it seems to have escaped the attention of the Judge that the decade we live in now is not like the one before to its readers on Friday morning: "it seems ..."

Au mieux, nous pouvons dire que le it exprime globalement ce que le journaliste voulait dire, et l'énoncé prononcé par la suite est l'expression langagière de ce qui est, peut être, une instantiation de Mentalese, tel que Pinker le définit.

Dans les deux exemples suivants, nous avons le même fonctionnement de it, même si nous avons un schéma inverse: expression langagière, puis it. Le it est le complément d'un verbe de parole, et "traduit" minimalement le contenu "mental" qui est explicité via l'énoncé construit :

(27) "One of the things I've always tried to teach the girls is that there's nothing particular good or virtuous about wanting something. I don't put it like that, of course". (J.Barnes, Love, etc... p 137)

(28) This man, he'd spotted a painting in a provincial auction [...] He decided that it was by Rembrandt. Or, if not, then by 'someone like Rembrandt,' as he put it.' (J.Barnes, Love, etc... p 43)

La présence de it est rendu nécessaire par la nécessité d'exprimer phoniquement l'objet du dire, même si cet objet n'est pas encore traduit en mots. Nous sommes, en fait, devant un phénomène général : seule la langue peut permettre la représentation du monde nécessaire à la communication entre individus, et cette représentation semble opter, dans les cas que nous venons de voir, pour un outil minimal du point de vue référentiel, mais cet outil n'est pas à proprement parler anaphorique. Il doit être vide sémantiquement parlant, et c'est précisément son vide significatif qui le rend apte à une telle fonction.

Ces exemples nous rappellent les paroles d'une collègue, qui, à la fin de la surveillance d'un examen, voulait vite récupérer les copies des retardataires : on ne dit pas "on y va", mais on y va. Le premier on y va était les paroles déjà prononcées plusieurs fois auparavant, et reprises, mais le deuxième on y va, tout en étant, bien sûr, encore des paroles, se voulait l'action même de partir. En d'autres termes, le signifiant essayait de se faire signifié.

 

 

Conclusion

Notre étude a essayé de montrer - ce que tout un chacun savait, d'ailleurs - que le terme "anaphore" n'a pas la précision notionnelle qu'on aimerait qu'il ait, et recouvre des phénomènes divers, ce qui n'est pas sans poser un problème grave à la communauté des linguistes: comment peut-on se comprendre, si le concept est flou ?

Nous ne nous sommes intéressés ici qu'à l'anaphore par pronominalisation, car elle nous semble représentative de ce qui constitue sa spécificité, à savoir sa faible valeur référentielle. Mais l'étude des deux modes d'interprétation de l'anaphore -par le co-texte, ou par la situation d'énonciation- semble indiquer qu'il ne faut pas confondre pronominalisation et anaphorisation. Un pronom peut, dans une situation de communication donnée, être tout aussi référentiel qu'un syntagme nominal plein. Ce qui est plus étonnant est le fait que le pronom it n'est pas toujours anaphorique, mais que son absence de contenu notionnel le rend justement particulièrement apte à "exprimer" ce que nous appelons du "non-dicible" - de manière paradoxale, bien sûr, puisque le "non-dicible" est ce qui ne peut pas être dit; or pour que l'on sache qu'il y a du "non-dicible", il faut le dire...

Une réflexion sur l'"anaphore" doit donc se poser la question de la pertinence, dans certains cas de figure, de poser de manière stricte la nature du lien entre "antécédent" et "anaphore". C. Desurmont, dans sa thèse sur l'ellipse, avait déjà posé ce problème intéressant, qu'il faut certainement approfondir, de l'obligation parfois de l'ellipse, et rejoint notre problématique : si une "anaphore" est obligatoire, est-ce encore une anaphore ?

 

Notes

 

[1] Nølke (1999: 23) Une analyse a une valeur explicative si elle ramène les données examinées à un système de règles établies indépendamment de ces données. Le système explicatif sera alors doté d'une capacité de prédiction: il prévoit quels sont les énoncés possibles et quelles sont les interprétations virtuelles. Le système explicatif sera falsifiable au sens de Popper.

[2] La théorie vaut pour l'état actuel de l'anglais; le Vieil Anglais fonctionnait différemment.

[3] Voir dans ce même ouvrage la communication de F. Nicol.

[4] G.Girard, 2000, "La forme be+V-ing est-elle anaphorique?" in Journées CharlesV, Cycnos, Nice.

[5] Tasmovsky et Verluyten font d'autre part remarquer que du point de vue intonatif et accentuel, l'anaphore est prononcée sur un registre bas, et non accentué.

[6] Elle peut aussi le désigner de multiples autres manières.

[7] Voir la communication de G.Ranger dans ce même ouvrage.

[8] Rosenberg.S. (1970). Modern french ce: the neuter pronoun in adjectival predication. The Hague, Mouton.

[9] Il n'est même pas néessaire d'avoir "c'est sûrement Paul" pour que l'énoncé fonctionne.

[10] Voir l'interprétation de "give it to me", dans Larreya (2000: 39).

[11] Nous n'avons pas le temps de creuser ce point.

 

Source : Geneviève Girard, Les paramètres à la construction des anaphores, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=35

    Geneviève Girard > http://revel.unice.fr/cycnos/auteur.html?id=93

 

    Anaphore > Voir aussi >

    Jean Albrespit, Le pronom they, l'absorption du genre et la disjonction singulier-pluriel dans la reprise pronominale, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=31

    Claude Charreyre, Perspective énonciative sur l'anaphore nominale, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=33

    Dairine O'KELLY, Le problème de l' « anaphore sans antécédent », Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=42

    Régis Mauroy, The way : un cas d'identification qualitative, Cycnos, Volume 21 n°1, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=18

    Fabrice NICOL, Anaphores en SELF : conditions sur la coréférence, logophoricité et changement diachronique, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=45 

    Pierre-Don GIANCARLI, Le fléchage (spécifique et générique) : opération seconde ou opération double ? Hypothèses à partir des articles et démonstratifs français et anglais *, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=44

    Eric Gilbert, Anaphore et qualification : quelques valeurs de so, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=37

    Bénédicte GUILLAUME, Anaphore et question-tags, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=39

    Paul Larreya, Identité et identification, Cycnos, Volume 21 n°1, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=17

    Régis Mauroy, Anaphore nominale de relations prédicatives (Description de quelques SN anaphoriques de relations prédicatives), Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=41

    Michel PETIT, L'individuation dans le discours scientifique :une approche fondée sur l'étude de SUCH, Cycnos, Volume 16 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=59

    Graham RANGER, DO : trois fonctions, un schéma, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=40

    Simone RINZLER, Passif et anaphore en présende d'agents pronominaux, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=38

    Jean-Claude SOUESME, Les reprises nominales par one et Ø : anaphore, quantification et qualification, Cycnos, Volume 18 N° 2, http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=32

    Jean-Louis VIDALENC, Le déterminant THE et l'anaphore implicite (contribution d'un panier de corpus à l'enseignement de la grammaire et de la traduction et à l'initiation à une réflexion théorique), http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=57

 

 

 

Voir aussi dans Les anglonautes

Anaphores

Adjectif + to préposition + -ing / GN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Apposition

 

 

 

Argot

 

 

 

Auxiliaire

 

 

 

Base verbale

 

 

 

 

Be + -ing

    The crucial step in my research on " BE+ING in the Grammar of Contemporary English " was the discovery of THE SCOPE OF -ING : the marker -ING operates on the WHOLE verbal group and not on the verb ALONE. At first I proposed the label " invisible parenthesising " to account for the extraordinary cohesion of VERB + COMPLEMENTATION. This analysis shows clearly that the minimal pair

    I leave tomorrow / I am leaving tomorrow

    is a " trompe-l'œil " and that it must remain opaque if you deal with it linearly as follows :

    1 - I leave tomorrow

    2 - I am leaving tomorrow

 

    The analysis which sheds light on the functioning of BE+ING must be the following :

    3 - I leave tomorrow

    4 - I am leaving tomorrow

    It appears that the status of " tomorrow " is not the same in (4) as in (3) : in (3) " tomorrow " belongs to AN OPEN PARADIGM : one could have said " tonight " or " on Monday " instead. The situation is completely different in (4) where the choice of " tomorrow " is blocked (CLOSED PARADIGM) because the scope of -ING is the complex verb LEAVE TOMORROW and not the verb alone . Arithmetically speaking what we have is :
-ING (leave tomorrow)

    I claim that this simple reanalysis - which puts an end to three centuries of " progressive form " - has the following consequences :

    The BE+ING utterance is made up of a BINARY RELATION : I // leave tomorrow . This will be the case for ALL BE+ING UTTERANCES. The operator BE links the two members of the underlying predicative relation and permits us to date that relation (its validity) . Thus

    I was leaving tomorrow but now I won't.

    is perfectly grammatical whereas

    * I left tomorrow

    is ungrammatical.

    b) The orientation of the utterance is not the same in (3) and (4) : in (4) the target of the -ING predicate is the grammatical subject (which in this case happens to be the subject of the enunciation) : it is clear that this EXPLICITS the meaning of (4), which can be a way of apologising, as all " anecdotal grammars " of English will claim. As to (3) it is orientated to the right, that is to say on the date which results from the paradigmatic choice.

    One can see the pernicious character of a label such as SVO (Subject-Verb-Object) which occults the analysis of (4) proposed above. The same applies to Chomsky's tree corresponding to the derivation of (4), which cannot but be identical to that of (3), for how can you signal the status of " tomorrow " in a tree configuration ? All utterances of the SVO type will have to be analysed either as TERNARY (" John plays football but Peter plays tennis "), or as BINARY , that is : S(V+O) as in " John is playing football ". Not surprisingly I have recently discovered that Turkish displays the same pattern.

    The French equivalent of both (3) and (4) is : " je pars demain ". The grammar of English teaches us that this French utterance can be analysed in two different ways, either along the lines of (3) or of (4) :

    (3') je - pars - demain.

    (4') je - pars demain.

    These two analyses will help us to understand the difference between:

    (3'') : Il partit le lendemain (he left the next day).

    and (4'') : Il partait le lendemain (he was leaving the next day).

 

 

    My analysis enables us to account for utterances which have resisted the traditional approaches which had -ING bear on the verb alone. Neither Martin Joos (" The English Verb " 1964) nor Ronald Langacker (" Foundations of Cognitive Grammar " 1987) have succeeded in explaining the difference between the two following utterances:

    (5) Mary resembles her mother

    (6) Mary is resembling her mother more and more.

    In (5) " mother " belongs to an open paradigm : there were other possible choices, for instance " father ", to say the least, whereas in (6) the operator -ING applies to the complex verb " resemble her mother " and it is this nominalized predicate (the resemblance to the mother) which is being quantified by " more and more ".

 

 

    Thirty-five years ago, Martin Joos thought he had found the "single meaning" of be-ing he had been looking for. Here is what he writes in his remarkable review of Akira Ota's doctoral dissertation: "Tense and Aspect in Present-day American English" (Language, Vol. 40, Number 3 (Part 1), July-September 1964, PP. 487-98): "I think I have found (after two decades of trial-and-error) a single meaning for be-ing…My answer is something we have been approaching gropingly, tentatively, almost blindly, for many years..The second-last step gave us Twaddell's "limited duration" or limitation of duration" for a better way of saying this.The last step is the recognition that the duration in question is not duration of the event, the action, the deed; that instead it is duration of the validity of the predication ".

    Well, this is perhaps a step forward in comparison with the traditional viewpoint which always refers to "the action expressed by the verb" but unfortunately Joos sticks to the notion of "duration" or "limitation of the duration" and so remains faithful to the classical pattern of explanation, based on intuitive meaning ( moreover no definition of "predication" is to be found). Be it as it may , Joos's paper contains another interesting point for researchers in the grammar of BE+ING. This is what he writes immediately after the lines I have quoted above :"Perhaps this is the end of the approach; the only remaining difficulty is offered by a minor idiomatic phenomenon: the fact that we can say "she's always bothering me, where always, forever, eternally etc. seem to contradict the meaning of "limitation". But Joos sweeps this objection aside and gives the following gloss of the annoying always- utterance:

    "At any epoch it is for a limited time true that she bothers me".

    Now Joos's "minor idiomatic phenomenon" DOES contradict the limitation hypothesis ! The weakness of the offered gloss is, to say the least, twofold : on the one hand , it concerns an out-of-context utterance (but this is a common practice at the time); on the other hand, nothing is said about the scope of ALWAYS. The following example shows more clearly the problem that is at stake:

 

    (nurse to director) : Mrs. Smith says she has seen a ghost.

    Oh, well, Mrs. Smith is always seeing ghosts!

    My example shows the crucial importance of context : here the binary relation "Mrs. Smith / see ghosts" is the target of the strongly- stressed modal adverb, hence the "irritability" meaning proposed by traditional grammarians. Here are a few examples of utterances of a similar kind:

    I 'm continually forgetting people's names!

    He is perpetually quarrelling with his wife!

    This girl is always knowing something she isn't supposed to !

Adamczewski Henri, The genesis of metaoperational grammar > FIRST STAGE : An invariant for BE+ING, http://henriadamczewski.chez.tiscali.fr/page5.html , copié 21.11.2004.

    Henri Adamczewski's site : http://henriadamczewski.chez.tiscali.fr/index.html

 

 

 

 

Cas possessif

 

 

 

Cataphore

 

 

 

Chose

 

 

 

Clivée / Pseudo-clivée

 

 

 

 

Conjonction

    Mot invariable qui met deux phrases en rapport. La vertu est désirable, car elle rend l'homme heureux : car est une conjonction puisqu'il indique qu'une de ces propositions est la conséquence de l'autre.

        Littré.

 

 

 

 

Conjonction de coordination

 

 

 

Conjonction de subordination

 

 

 

Conjugaison

 

 

 

Déclinaison

 

 

 

 

Définition

    Je dis de plus, qu'il seroit impossible de définir tous les mots. Car pour définir un mot, on a nécessairement besoin d'autres mots qui désignent l'idée à laquelle on veut attacher ce mot, & si on vouloit encore définir les mots dont on se seroit servi pour l'explication de celui-là, on en auroit encore besoin d'autres, & ainsi à l'infini.

Arnauld Antoine et Nicole Pierre, La logique ou l'art de penser (1660-1680), p. I, c. XIII, p. 126, Flammarion, Champs, copyright 1970, achevé d'imprimer 1998, ISBN 2 08 081 040 5.

 

 

 

 

Désinence

 

 

 

 

Détermination

    L'autre sorte d'addition, qu'on peut appeller détermination, est quand ce qu'on ajoute à un mot général en restreint la signification, & fait qu'il ne se prend plus pour ce mot général dans toute son étendue, comme si je dis, les corps transparents : les hommes savants : un animal raisonnable. Ces additions ne sont pas de simples explications, mais des déterminations, parce qu'elles restreignent l'étendue du premier terme, en faisant que le mot de corps, ne signifie plus qu'une partie des corps : le mot d'homme, qu'une partie des hommes : le mot d'animal, qu'une partie des animaux.

    Et ces additions sont quelquefois telles, qu'elles rendent un mot général individuel, quand on y ajoute des conditions individuelles, comme quand je dis, le Pape qui est aujourd'hui, cela détermine le mot général de Pape à la personne unique & singuliere d'Alexandre VII.

Arnauld Antoine et Nicole Pierre, La logique ou l'art de penser (1660-1680), p. I, c. VIII, p. 96, Flammarion, Champs, copyright 1970, achevé d'imprimer 1998, ISBN 2 08 081 040 5.

 

 

 

 

Déterminant

 

 

 

 

Déterminé

    Gram - Un terme est dit déterminé quand la notion qu'il exprime est rapportée à des circonstances définies.

Mounin, Georges (sous la direction de), Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF / Quadrige, 3e édition, 2000, ISBN 2 13 044881 X, ISSN 0291 0489. Définition de Déterminé : Donato, Joseph. www.puf.com

 

 

 

 

Double clavier

    http://henriadamczewski.chez.tiscali.fr/page8.html

 

 

 

Ecouter

 

 

 

Ecrire

 

 

 

Ellipse

 

 

 

Enigme

 

 

 

Enoncé

 

 

 

Enonciateur

 

 

 

Entendre

 

 

 

Extralinguistique

 

 

 

 

Faux amis

    "La traduction du mot par le mot crée la fiction que les mots isolés des deux langues sont dans une exacte correspondance et que chacun d'eux trouve son équivalent dans la langue prise comme point de comparaison."

    "C'est le premier effet de la tendance au moindre effort et de la paresse linguistique ; on aimerait calquer la langue étrangère sur la langue maternelle."

Bally, Précis de Stylistique, Genève, 1905, p. 6. Cité par Maxime Koessler, Les faux amis des vocabulaires anglais et américain, Paris, Vuibert, 1975.

 

-> Anglonautes > Vocapedia >

traduction de l'anglais vers le français > faux amis

 

 

 

 

Forme

 

 

 

Gérondif

 

 

 

Grammaire

 

 

 

Groupe Verbal

 

 

 

Humour

 

 

 

 

Idée

    Le mot d'Idée est du nombre de ceux qui sont si clairs qu'on ne les peut expliquer par d'autres, parce qu'il n'y en a point de plus clairs & de plus simples.

    Mais tout ce qu'on peut faire pour empêcher qu'on ne s'y trompe, est de marquer la fausse intelligence qu'on pourroit donner à ce mot, en le restreignant à cette seule façon de concevoir les choses, qui se fait par l'application de notre esprit aux images qui sont peintes dans notre cerveau, & qui s'appelle imagination.

    Car, comme S. Augustin remarque souvent, l'homme depuis le péché s'est tellement accoutumé à ne considérer que les choses corporelles, dont les images entrent par les sens dans notre cerveau, que la plupart croient ne pouvoir concevoir une chose, quand ils ne se la peuvent imaginer, c'est-à-dire, se la représenter sous une image corporelle; comme s'il n'y avoit en nous que cette seule manière de penser & de concevoir.

    Au lieu qu'on ne peut faire réflexion sur ce qui se passe dans notre esprit, qu'on ne reconnoisse que nous concevons un très-grand nombre de choses sans aucune de ces images, & qu'on ne s'apperçoive de la différence qu'il y a entre l'imagination & la pure intellection. Car lors, par exemple, que je m'imagine un triangle, je ne le conçois pas seulement comme une figure terminée par trois lignes droites ; mais outre cela je considere ces trois lignes comme présentes, par la force & l'application intérieure de mon esprit, & c'est proprement ce qui s'appelle imaginer. Que si je veux penser à une figure de mille angles, je conçois bien à la vérité que c'est une figure composée de mille côtés, aussi facilement que je conçois qu'un triangle est une figure composée de trois côtés seulement; mais je ne puis m'imaginer les mille côtés de cette figure, ni, pour ainsi dire les regarder comme présents avec les yeux de mon esprit.

Arnauld Antoine et Nicole Pierre, La logique ou l'art de penser (1660-1680),
p. I, c. I, pp. 65-6, Flammarion, Champs, copyright 1970, achevé d'imprimer 1998, ISBN 2 08 081 040 5.

 

 

 

 

Identité et identification

http://revel.unice.fr/cycnos/document.html?id=17

 

 

 

 

Indétermination

 

 

 

Indicatif

 

 

 

 

Ironie

    Elle consiste essentiellement à dire le contraire de ce que l'on veut suggérer, tout en évitant aux autres l'occasion de la contradiction : les inflexions de la voix, les gestes significatifs, quelques artifices de style dans la narration écrite, indiquent clairement que l'on pense juste le contraire de ce que l'on dit. L'ironie n'est de mise que lorsque l'interlocuteur est prêt à entendre le contraire, de telle sorte qu'il ne peut lui-même échapper ainsi à l'envie de contredire.

Freud, Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, trad. Marie Bonaparte et Dr M. Nathan, traduction revue par Freud, Paris, Gallimard, 1981, p. 289.

 

 

 

 

Lexème

 

 

 

Linguistique

 

 

 

Lire

 

 

 

Métalinguistique

 

 

 

Mime

 

 

 

Modal

 

 

 

Mode

 

 

 

 

Monème

    Lorsque nous entendons un énoncé dans une langue que nous connaissons, nous reconnaissons au passage les sons qui s'identifient, pour nous, à une notion. Soit l'énoncé Le facteur passe à midi. On y retrouve successivement le qui indique que ce qui suit est déjà connu, facteur identifié comme un fonctionnaire des postes, passe qui correspond à un certain type d'action, à qui marque, ici, qu'il se trouve ou se passe quelque chose dans un point du temps, et enfin midi qui indique ce point du temps. On constate donc que l'énoncé s'articule en cinq unités dont chacune est perçue sous la forme de sons qui correspondent à un sens. Nous appelons ces unités, qui ont une forme et un sens, des monèmes.

    Un monème c'est, en même temps, la forme perçue, c'est-à-dire, les sons, et le sens qu'impliquent ces sons. C'est, comme on le dit souvent, une unité à deux faces. En langage technique, ces deux faces sont désignées comme le signifiant et le signifié ; nous dirons simplement, ici, forme et sens.

    Dans l'énoncé analysé ci-dessus, chaque monème correspond à ce qu'on désigne communément comme un "mot", c'est-à-dire ce qui, lorsqu'on écrit, apparaît entre deux blancs du texte. Mais cela est loin d'être toujours le cas : dans l'énoncé Les enfants passeront à midi, on trouvera successivement, 1° le (sous la forme l...) indiquant le déjà connu, 2° ...es, relayé par ...s après enfant... et ...ont dans passeront, qui marque qu'il y a plus d'un enfant en cause, 3° enfant..., 4° passe... qui équivaut au passe de notre premier énoncé, 5° ...r... qui marque l'action comme future, et 6° et 7° à et midi comme ci-dessus. Les cinq "mots" de l'écriture correspondent donc à sept monèmes.

Martinet, André (sous la direction de), Grammaire fonctionnelle du français,
Paris, Didier, 3e édition revue, 1988, p. 6, http://www.editionsdidier.com/

 

 

 

 

Morphème

 

 

 

Mot

 

 

 

Mot de discours

 

 

 

Mot d'esprit

 

 

 

Mot-valise

 

 

 

 

Moyen-anglais

    On est convenu d'appeler 'moyen-anglais' la langue anglaise parlée et écrite en Grande-Bretagne entre 1150 et 1500 environ, c'est-à-dire pendant la période intermédiaire entre le vieil-anglais et l'anglais moderne.

    Bien entendu, ces dates ne sont que des points de repère commodes [...] : d'une façon normale, l'évolution d'une langue ne connaît pas de solution de continuité.

    [...]

    Enfin le vocabulaire est rempli de mots français (conséquence de la conquête normande) et scandinaves (suite de la colonisation du Danelaw). Dans un vers de Chaucer tel que :

To take the botel ther the poyson was (27 4  B / 886)

seuls les mots grammaticaux (to, the, ther, was) sont indigènes, take est scandinave, botel et poyson sont français.

    [...]

 

    Les Dialectes.

    § 2. Du point de vue grammatical, ce que l'on est convenu d'appeler le 'moyen-anglais' n'est qu'une entité commode. En fait ce n'est que vers la fin du XIVe siècle qu'on voit la langue de Londres, langue de la chancellerie, de la cour et d'un grand poète comme Chaucer, prendre à travers le pays figure de langue écrite et littéraire commune. Auparavant, il existe uniquement des dialectes, des parlers locaux qui changent d'une ville à l'autre. Comme il n'y a aucune norme, chaque écrivain, chaque copiste emploie spontanément le parler de son terroir sans se préoccuper de ce qui peut se dire ailleurs (les gens voyageaient suffisamment pour avoir conscience de ce que Chaucer a appelé 'la grande diversité de l'anglais', cf. aussi ce que dit John of Trevisa, 26/9 ss.). On n'exagérerait pas en disant que chaque écrivain a sa langue propre.

    On peut cependant distinguer en gros cinq variétés, cinq dialectes, du moyen-anglais [...] :

    au sud-est le kentois [...] ;
    au sud-ouest le dialecte du Sud [...] ;
    au centre du pays, dans les Midlands, le dialecte des Midlands-Est [...]
    et celui des Midlands-Ouest [...] ;
    enfin le dialecte du Nord [...] qui se continue jusqu'en Ecosse (écossais).

Mossé, Fernand, Manuel de l'anglais du moyen âge, Des origines au XIVe siècle, Tome 1 : Grammaire et Textes, Paris, Aubier, éditions Montaigne, 3e édition, revue et mise à jour, MCMLXII, achevé d'imprimer 1963, ill., pp. 19-21.

 

 

 

 

Néologisme

 

 

 

 

Nom

 

 

 

 

Nom propre

    Les noms propres forment une classe ouverte de monèmes censés désigner chacun une entité unique. On notera que nous ne traitons ici que des unités qui ont des compatibilités particulières impliquées par l'unicité de l'entité désignée. C'est ainsi, par exemple, que les monèmes ou synthèmes désignant les citoyens d'une nation, les haibtants d'un pays, comme Russes, Français, Corses, qui prennent une majuscule comme les noms propres, sont grammaticalement à classer parmi les noms ordinaires.

    En revanche, des désignations comme le soleil, la lune, qui ne prennent pas de majuscule, sont des noms propres, tout comme la Corse, le Jura, et comme eux, ne prennent les compatibilités et le statut des noms que par transfert, lorsque lune, par exemple, se combine avec le pluriel pour désigner les satellites d'une planète. L'article, dans la lune, fait partie du nom propre comme il en fait partie dans la Corse. Midi et minuit sont, en fait, des noms propres.

Martinet, André (sous la direction de), Grammaire fonctionnelle du français, Paris, Didier, 3e édition revue, 1988, p. 35, http://www.editionsdidier.com/

 

 

 

 

Nominalisation

 

 

 

Objet

 

 

 

Onomatopée

 

 

 

Opérateur

 

 

 

Parole

 

 

 

Participe

 

 

 

Penser

 

 

 

Phatique

 

 

 

Phonème

 

 

 

Point

 

 

 

Point (deux points)

 

 

 

Point d'exclamation

 

 

 

Point d'interrogation

 

 

 

Ponctuation

 

 

 

 

Prédicat

    Synt. - Désigne, en syntaxe, l'élément central de la phrase, celui par rapport auquel tous les autres éléments de la phrase marquent leur fonction. Est prédicat celui des éléments : 1° qui ne dépend syntaxiquement d'aucun autre élément; 2° par rapport auquel la phrase s'organise, et 3° dont la disparition détruit l'énoncé. Le prédicat se reconnaît donc à trois caractères : il est indépendant, central et obligatoire. Le prédicat n'appartient pas forcément à la classe des verbes comme dans : Viens ici ! - Je regarde la mer. Ce peut être aussi bien un nom : Pitié pour lui !


[...]

 

    L'adverbe lui-même peut jouer le rôle de prédicat ; c'est le cas de seulement, élément central  par rapport à l'expansion pas dans : Chercher ? Pas seulement : créer (M. Proust).


    " Prédicat " (syn. : propos, rhème, énonciation, ang. comment) reste encore traditionnellement employé de ce qui est dit d'un sujet (syn. thème, anglais topic), ou ce qui est attribué à un sujet. Cette définition logique héritée des Anciens n'est pas en conformité avec le fait linguistique ; dans Il pleut, pleut est le prédicat, sans qu'on puisse dire que pleuvoir est dit de quelque chose qui serait il ; ou encore dans Silence ! l'énoncé se réduit au prédicat, en l'absence de tout sujet. C'est en fonction des trois caractères pertinents donnés plus haut que doit être défini le prédicat.

Mounin, Georges (sous la direction de), Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF / Quadrige, 3e édition, 2000, ISBN 2 13 044881 X, ISSN 0291 0489. Définition de Prédicat : Bureau, Conrad. www.puf.com

 

 

 

 

Préposition

 

 

 

 

Présupposition

    Le présupposé d'un énoncé est la partie de l'information contenue dans cet énoncé que l'énonciateur suppose ou feint de supposer connue du destinataire.

    Le posé, bien évidemment, se définit par sa complémentarité : il s'agit de l'information non-présupposée contenue dans l'énoncé. (On peut donc dire, grosso modo, que le posé constitue dans l'énoncé l'information "nouvelle", en prenant l'adjectif dans un sens très large : si l'information posée n'est pas dans tous les cas nouvelle au sens propre du terme, elle est du moins considérée par le locuteur comme intéressante, digne d'être répétée, etc.).

    Cette définition appelle un certain nombre de précisions et de remarques, et, pour commencer, elle conduit à s'interroger sur le rôle de présupposition dans le langage. A propos de la valeur illocutoire, nous sommes arrivé un peu plus haut à la conclusion suivante : tout énoncé a une certaine fonction, et cette fonction est habituellement remplie par l'intermédiaire du sens de l'énoncé (que ce sens ait ou non à être "interprété"). Dans ce processus, le rôle de l'énoncé est donc de transmettre un sens, c'est-à-dire un ensemble d'informations. Or, parmi les informations qui constituent le sens de chaque énoncé, la seule information "utile" est évidemment l'information "nouvelle". Cela étant, comment se fait-il que la plupart des énoncés contiennent, à côté de l'information "nouvelle", une information "connue" - et par conséquent à première vue inutile ? La réponse est extrêmement simple : l'information "connue" (autrement dit le présupposé) sert de support fonctionnel  à l'information "nouvelle" que le locuteur veut transmettre. Cela peut être observé d'une façon tout à fait banale sur un énoncé comme Képler est mort dans la misère : si dans cet énoncé "Képler est mort" constitue l'information pré-supposée (c'est-à-dire l'information que l'on suppose connue du destinataire) et "dans la misère" l'information posée (autrement dit "nouvelle"), il est évident que le locuteur ne peut pas communiquer l'information posée sans dire (ou sans que le contexte dise, ou implique), Képler est mort. (Dans cet énoncé, le présupposé coïncide exactement avec le thème, mais il n'en est pas toujours ainsi : le "commentaire", qui est en principe posé, peut contenir des éléments présupposés ;)

Larreya, Paul, Le possible et le nécessaire : modalités et auxiliaires modaux en anglais britannique, pp. 52-53, 1.2, La présupposition, Nathan Recherche, Paris, 1984, ISBN, 2 09 190103 2.

 

 

 

 

Proforme

 

 

 

Pronom

 

 

 

Proposition

 

 

 

 

Référent

 

Sém - Objet ou manifestation du monde observable auquel renvoie une forme linguistique, par la relation de référence.

Mounin, Georges (sous la direction de), Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF / Quadrige, 3e édition, 2000, ISBN 2 13 044881 X, ISSN 0291 0489. Définition de Référent : Roggero, Jacques. www.puf.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

René François-Ghislain Magritte

The Treason of Pictures        (This is not a Pipe)        1929

Los Angeles County Museum of Art
http://www.drsnark.com/lyrics/surreal_annotations.htm
http://www.atara.net/magritte/about.html
http://www.guggenheimcollection.org/site/artist_bio_92.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Nous parlons des choses ou des personnes sans en avoir nécessairement l'image, de visu ou mentalement.

    Il faut qu'il y ait problème (de compréhension du signifié, de repérage de l'objet dans la situation), dramatisation du discours (mise en évidence d'un mot) ou participation à un jeu (deviner un mot à partir d'un dessin), pour que celui qui parle fasse appel aux images, à ses images.

    Il n'y a pas de référent objectif : pour chaque énonciateur, le mot renvoie à un objet, visible dans la "réalité" ou représenté mentalement avec plus ou moins de détails, mais sur cet objet se greffent des pensées, des affects, des sensations, un prix. Cet objet fétichisé, ce détail, même s'il est mis au premier plan du discours, fait aussi partie d'un tableau : "C'est comme ça que je vois les choses, c'est comme ça qu'elles sont".

    Le référent est visible dans la situation d'énonciation (la porte, la chaise, le journal, le téléviseur, le pain, les chaussures de mes enfants, mes clés) ou non visible (le facteur, la voiture garée au sous-sol, une personne rencontrée hier, une odeur, un parfum, un bruit).

    Le référent peut aussi provenir d'un imagier/imaginaire personnel (Batman, une licorne, un ogre, le père Noël, le Minotaure, l'enfer, des statues dans une église, mon patron), ou d'un ensemble d'images continues ou disparates (le film que j'ai vu la semaine dernière, l'émission d'hier soir, des fragments du rêve que je viens de faire). Il y a enfin des référents fantômes : un visage inconnu dans un rêve, l'image-cliché que je garde d'un mort, du jouet préféré de mon enfance.

 

 

 

 

 

    Un mot, ou un ensemble de mots, ne renvoie pas toujours à du visible. Si référenciation il y a, le mot ne peut parfois pas être traduit immédiatement en image. Même mis en avant / en relief dans le discours, la porte ! (dans un bus), sucre rapide, fraîcheur pure, oreiller à bouillir, le pouvoir, lundi, le latin, Dieu, l'inflation, une société de merde, Avance!, l'heure de la télé (dans le sens de l'heure-référence), n'évoquent pas d'image particulière ou stéréotypique.

    Le co-énonciateur peut éventuellement chercher à visualiser la chose ou la personne lorsque le nom / le son devient un enjeu, lui est inconnu ou inhabituel (roulements pour train à grande vitesse).

     L'étiquette est l'un des rares cas où l'énonciateur peut prétendre mettre en adéquation nom et chose. La mise en relation fonctionne, même si le nom est inattendu. Ainsi, dans la vitrine d'un buraliste de montagne, en février 2006 :

    Vache meuglante = vache en peluche qui émet un meuglement quand on la touche

    marmotte parachutiste = marmotte en peluche que l'on fixe au plafond par un parachute.

 

 

 

 

 

    A l'inverse, on se focalise sur un référent dont on ne connaît pas le nom, et que l'on va chercher, ou non, à nommer.

    A la campagne, une petite citadine de cinq ans demande à son père :

    "Papa, c'est quoi les trucs en bas de l'arbre ?".

    Réponse : "Des prunes".

   

 

    Autres exemples :

    Toujours à la campagne, une petite fille de quatre ans aperçoit une grande structure métallique dans un champ :

    "Maman, c'est quoi le truc là?" 

    Réponse : "Une antenne pour faire marcher les mobiles."

    Dans un train, un enfant d'environ quatre ans, face à un grand cimetière qui se déploie en bas de la voie ferrée :

    "C'est beau là où ils sont les morts !"

    Réponse sèche et laconique du grand frère (à peu près huit ans) : "Ca s'appelle un cimetière".

 

 

 

 

 

    Le référent peut être visualisé-mémorisé de diverses façons selon les personnes, ou par la même personne à différents moments. Ainsi le nom propre Charles de Gaulle renvoie à des images singulières.

    Pour celui qui a vu souvent le général de Gaulle, il y a bien adéquation entre le nom et l'image, mais l'image-référent qui l'emporte, l'image première, "arrêtée", peut changer au fil du temps. Pour qui a rencontré de Gaulle une seule fois, c'est l'image de cette rencontre qui primera peut-être ; pour qui a en mémoire la photographie, ou le film, du général victorieux descendant les Champs-Elysées, ce sera cette image, fixe ou animée, qui "ressortira". On peut très bien aussi parler du général de Gaulle sans en avoir aucune image.

    Enfin, soixante ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, pour nombre de collégiens français de troisième, dans la proche banlieue de Paris, Charles de Gaulle n'évoque presque rien, et en aucun cas une image.

    Ce qui subsiste ressort de l'affect, d'une vague intuition : à la question "Qui était Charles de Gaulle ?", un élève répond : "Un roi de France". Charles de Gaulle s'est désémantisé, dévalorisé, démonétisé. Même problème de référenciation lorsque l'on demande à ces élèves, après plusieurs semaines d'études sur le sujet, d'étiquetter une image, d'attribuer un nom propre à des photographies de personnages historiques : Calvin peut ainsi désigner Trotsky, etc.

    Même réaction de ces élèves, en 2005, pour Rolling Stones, groupe de rock surnommé le plus grand groupe du monde, mot-emblème connu de tous, trente ans plus tôt, au référent et aux valeurs alors immédiatement accessibles. Rolling Stones ne déclenche aucune image, aucun affect, aucune définition (signifié zéro), aucune musique. C'est qui / quoi les Rolling Stones ? Silence dans la classe.

 

 

    Autres exemples de variations du référent > sur-nomination, re-nomination, jeu sur les mots :

    Un père d'une quarantaine d'années, alcoolique et violent, "tout pourri" (démarche de travers, dents abimées, cheveux cassés), est surnommé par sa famille le cadavre. Le fils dit aussi du père : C'est le Diable.

    Les jeunes enfants renomment souvent les objets. Une petite fille de cinq ans et demi n'en finit pas de renommer les choses en éclatant de rire :

    - "Papa, ceci est un escalier. Monte !"    L'escalier est fait de deux tickets de métro superposés et décalés.

    - "Papa, ceci est une bouteille. Bois !"    La bouteille est une petite boule ovale.

    - "Papa, ceci est un habit!"    L'habit est une serviette de bain.

 

 

 

 

 

    Polysémie > Un nom peut renvoyer à deux référents différents :

 

 

22.8.2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    L'indétermination d'un nom pose souvent des problèmes de référenciation.

 

    Dialogue entendu dans un bus parisien, en 2005 :

    - Je te l'ai mis dans ta valise.

    - Quelle valise ? [ ton mécanique, excédé ]

    - La grande.

    - Quelle grande ? [ idem ]

    - La grande que je t'ai apportée hier.

 

 

 

   

    Une petite fille de presque six ans, qui apprend à lire au cours préparatoire, éclate de rire après avoir déchiffré, sur l'emballage, le nom de tranches de jambon : Tor...chon... Torchon !!! Pour elle, jusqu'à présent, torchon était égal à serviette.

 

 

 

    Pour certains, trouver immédiatement la chose correspondant au mot, ou mettre un nom "sur" une chose (étiquettage), est encore plus difficile, surtout lorsque l'on a de cette chose une image angoissante car nouvelle, instable, non répertoriée, non reliée à un ensemble connu, organisé. Il y a des façons de voir qui échappent au banal, des situations sans référence, sans organisation, sans imagier (Cézanne, Van Gogh, certaines natures mortes de Corot).

    Un adolescent souffrant d'autisme rencontre un chien dans l'entrée de son école, et, dévoré de curiosité, hésitant à s'approcher de l'animal, demande à son maître, d'un air mi-effrayé mi-ravi : C'est un... chien ?!

    Ce à quoi le maître répond : Oui. C'est un basset (discours normé, rassurant ; nomination mécanique). Tu peux le caresser si tu veux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

All ears: New-look hearing aids at V&A

The Guardian        p. 8        26.7.2005

https://www.theguardian.com/uk/2005/jul/26/arts.artsnews  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    De même,

des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer

éprouvent du mal à associer le nom d'une couleur

à la couleur elle-même :

 

 

 

The Guardian        p. 8        13.7.2005

 

 

 

 

Sens

    Le mot de sens de l'Ecriture, étant appliqué par un hérétique à une erreur contraire à l'Ecriture, signifiera dans sa bouche cette erreur qu'il aura cru être le sens de l'Ecriture, & qu'il aura dans cette pensée appelé le sens de l'Ecriture. C'est pourquoi les Calvinistes n'en sont pas plus catholiques, pour protester qu'ils ne suivent que la parole de Dieu : car ces mots de parole de Dieu, signifient dans leur bouche toutes les erreurs qu'ils prennent faussement pour la parole de Dieu.

    Arnauld Antoine et Nicole Pierre, La logique ou l'art de penser (1660-1680), p. I, c. VIII, p. 100, Flammarion, Champs, copyright 1970, achevé d'imprimer 1998, ISBN 2 08 081 040 5.

 

 

 

 

Sens et fonction

    Nous postulons que tout acte de langage (et par conséquent tout énoncé) a d'abord une fonction : par exemple, il est destiné à influer sur le comportement de l'interlocuteur (dans le cadre d'un ordre ou d'une suggestion) ou à donner une information (si l'énoncé répond à une question comme What's the time?), ou encore, de façon plus vague, à créer chez l'interlocuteur certains sentiments ou certaines impressions. Par ailleurs, et quelle que soit la fonction, on peut dire qu'habituellement tout énoncé a un certain contenu informatif. C'est ce contenu informatif - encodé sous forme de message sonore ou graphique, puis décodé à l'autre bout de la chaîne de communication - que nous appelons le sens.

    Deux énoncés peuvent avoir le même sens sans avoir la même fonction, et inversement. Imaginons la situation suivante. Madame X, une mère de famille, a constaté que son téléviseur était en panne. Aux environs de cinq heures de l'après-midi, ses enfants rentrent de l'école et déclarent que, n'ayant rien d'autre à faire, ils vont regarder le programme de dessins animés à la télévision. Madame X leur répond :

[1.1] Le téléviseur est en panne.

Les enfants décident alors d'aller jouer au football, et ils sortent. Quelques instants plus tard, Monsieur X rentre de son travail. Madame X sait qu'il a des talents de bricoleur, et, après avoir échangé avec lui quelques mots sur les événements de la journée, elle lui dit :

[1.1'] Le téléviseur est en panne.

Monsieur X répond que ce n'est probablement pas grave, va chercher sa boîte à outils, et se met à réparer le téléviseur.

    Manifestement, les deux énoncés [1.1]  et [1.1'] ont, dans cette situation, rempli leurs fonctions respectives (dans le premier cas, il s'agissait d'avertir les enfants, et dans le second de demander au mari de réparer le téléviseur). Manifestement aussi, la même fonction aurait pu dans chacun des deux cas être remplie par des énoncés de formes différentes. A la place [1.1'] , par exemple, Madame X aurait pu dire à son mari :

[1.2] J'aimerais que tu jettes un coup d'oeil au téléviseur.

On peut faire en outre les constatations suivantes à propos de ces deux situations et des énoncés correspondants :

    a. Bien qu'ayant des fonctions différentes, les énoncés [1.1]  et [1.1']  ont la même forme (au moins au niveau lexico-syntaxique), et le même contenu informatif (autrement dit le même sens). Les énoncés [1.1']  et [1.2] , en revanche, ont la même fonction, mais deux sens différents.

    b. Si, à partir de deux sens identiques comme celui de [1.1] et celui de [1.1'] , deux énoncés peuvent remplir des fonctions différentes, cela signifie qu'au-delà de la restitution du sens les deux énoncés ont donné lieu à des processus mentaux différents chez leurs deux destinataires. Il faut donc, pour tout énoncé, faire une distinction entre la compréhension du message (laquelle restitue le sens) et ce que nous appellerons l'interprétation (cette dernière, s'appuyant sur le sens, permet d'arriver à la fonction). Dans les exemples que nous avons imaginés, les diverses opérations se déroulent sans qu'il y ait de "ratés" (et il semble que ce soit le cas le plus fréquent). Ainsi, dans [1.1'] , l'allocutaire interprète l'énoncé comme l'avait prévu le locuteur, et il a ensuite la réaction attendue (aller réparer le téléviseur). Cette "prévision" effectuée par le locuteur joue un rôle important dans le processus de communication : consciemment ou non, et par une sorte de feedback anticipé, le locuteur conçoit son énoncé en fonction de l'interprétation qu'il prévoit. Dans le cas de [1.1'] , par exemple, Madame X connaît assez son mari pour savoir qu'il ira s'occuper du téléviseur dès qu'il aura connaissance de la panne - et elle se contente d'un énoncé contenant seulement l'information qui concerne cette panne.

Larreya, Paul, Le possible et le nécessaire : modalités et auxiliaires modaux en anglais britannique, pp. 34-35, 1.1.2, Sens et fonction, Nathan Recherche, Paris, 1984, ISBN, 2 09 190103 2.

 

 

 

 

Signe

    Quand on considere un objet en lui-même & dans son propre être, sans porter la vue de l'esprit à ce qu'il peut représenter, l'idée qu'on en a est une idée de chose, comme l'idée de la terre, du soleil. Mais quand on ne regarde un certain objet que comme en représentant un autre, l'idée qu'on en a est une idée de signe, & ce premier objet s'appelle signe. C'est ainsi qu'on regarde d'ordinaire les cartes & les tableaux. Ainsi le signe enferme deux idées : l'une de la chose qui représente; l'autre de la chose représentée; & sa nature consiste à exciter la seconde par la premiere.

Arnauld Antoine et Nicole Pierre, La logique ou l'art de penser (1660-1680), p. I, c. IV (a), p. 80, Flammarion, Champs, copyright 1970, achevé d'imprimer 1998, ISBN 2 08 081 040 5.

 

 

 

 

Signe linguistique

    Le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique. Cette dernière n'est pas le son matériel, chose purement physique, mais l'empreinte psychique de ce son, la représentation que nous en donne le témoignage de nos sens; elle est sensorielle, et s'il nous arrive de l'appeler "matérielle", c'est seulement dans ce sens et par opposition à l'autre terme de l'association, le concept, généralement plus abstrait.

 

    Le caractère psychique de nos images acoustiques apparaît bien quand nous observons notre propre langage. Sans remuer les lèvres ni la langue, nous pouvons nous parler à nous-mêmes ou nous réciter mentalement une pièce de vers. C'est parce que les mots de la langue sont pour nous des images acoustiques qu'il faut éviter de parler des "phonèmes" dont ils sont composés. Ce terme, impliquant une idée d'action vocale, ne peut convenir qu'au mot parlé, à la réalisation de l'image intérieure dans les discours. En parlant des sons et des syllabes d'un mot, on évite ce malentendu, pourvu qu'on se souvienne qu'il s'agit de l'image acoustique.

 

    Le signe linguistique est donc une entité psychique à deux faces, qui peut être représentée par la figure :

 

[Note : suit ici un schéma représentant un ovale divisé en deux; partie supérieure :

Concept, partie inférieure : Image acoustique.]

 

    (...)

 

    Nous proposons de conserver le mot signe pour désigner le total, et de remplacer concept et image acoustique par signifié et signifiant ; ces derniers termes ont l'avantage de marquer l'opposition qui les sépare soit entre eux, soit du total dont ils font partie.

 

    Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultant de l'association d'un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire.

 

    Ainsi l'idée de "soeur" n'est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant : il pourrait être aussi bien représenté par n'importe quelle autre : à preuve les différences entre les langues et l'existence même de langues différentes : le signifié "boeuf" a pour signifiant b-ö-f d'un côté de la frontière, et o-k-s (Ochs) de l'autre.

Saussure de, Ferdinand, Cours de linguistique générale, pp. 130-137.

 

 

 

 

Signal

 

 

 

Signifiant

 

 

 

Signifié

 

 

 

Sous-entendu

 

 

 

Stream of consciousness

 

 

Structure syntaxique

 

 

 

Subjonctif

 

 

 

Sujet

 

 

 

Syllabe

 

 

 

Syntagme

 

 

 

 

Syntaxe

    Manière de joindre ensemble les mots d'une phrase et les phrases entre elles.

        Littré.

 

 

 

 

Synthème

    On appellera synthème un signe linguistique que la commutation révèle comme résultant de la combinaison de plusieurs signes minima, mais qui se comporte vis-à-vis des autres monèmes de la chaîne comme un monème unique. Ceci implique 1° qu'il a toutes les compatibilités des monèmes d'une certaine classe, et 2° qu'aucune de ses parties constitutives n'entre dans des rapports particuliers avec un monème qui ne fait pas partie de synthème. Ainsi dans le synthème chemin de fer, on peut identifier trois effets de sens représentés par les signifiants de chemin, de de et de fer, mais 1° chemin de fer a exactement les mêmes compatibilités que des monèmes uniques comme avion ou voiture (il voyage en ...) et 2° toutes les parties de chemin de fer sont solidaires, aucune d'entre elles ne pouvant contracter de relations particulières avec quelque autre monème extérieur ; toute détermination ajoutée à une de ces parties détruirait le synthème : un chemin creux de fer ou un chemin de fer forgé ne serait plus un chemin de fer.

Martinet, André, Syntaxe générale, Armand Colin, 1985, 2-200-31211-3, p. 37.

   

 

 

 

Temps chronologique (time)

 

 

 

Temps grammatical (tense)

 

 

 

Tiret

 

 

 

 

Unités linguistiques de base

    Un énoncé comme j'ai mal à la tête ou une partie d'un tel énoncé qui fait un sens, comme j'ai mal ou mal, s'appelle un signe linguistique. Tout signe linguistique comporte un signifié, qui est son sens ou sa valeur, et qu'on notera entre guillemets ("j'ai mal à la tête", "j'ai mal", "mal"), et un signifiant grâce à quoi le signe se manifeste, et qu'on présentera entre barres obliques (/z e mal a la tet/, /z e mal/, /mal/). C'est au signifiant que, dans le langage courant, on réserverait le nom de signe. Les unités que livre la première articulation, avec leur signifié et leur signifiant, sont des signes, et des signes minima puisque chacun d'entre eux ne saurait être analysé en une succession de signes. Il n'existe pas de terme universellement admis pour désigner ces unités. Nous emploierons ici celui de monème.

 

    Comme tout signe, le monème est une unité à deux faces, une face signifiée, son sens ou sa valeur, et une face signifiante qui la manifeste sous forme phonique et qui est composée d'unités de deuxième articulation. Ces dernières sont nommées des phonèmes.

 

    Dans l'énoncé dont nous nous servons ici, il y a six monèmes qui se trouvent coïncider avec ce qu'on nomme, dans la langue courante, des mots : j' (pour je), ai, mal, à, la et tête. Mais il ne faudrait pas en conclure que "monème" n'est qu'un équivalent savant de "mot". Dans un mot comme travaillons, il y a deux monèmes : travaill- /travaj/, qui désigne un certain type d'action, et -ons /o/, qui désigne celui qui parle et une ou plusieurs autres personnes.

Martinet, André, Elements de linguistique générale, I-9,
Les unités linguistiques de base, Paris, Armand-Colin/Masson, 1996,
ISBN : 2 200 21718 8, http://www.armand-colin.com/

[Note : formes phoniques > les symboles adéquats - entre / / - seront mis en ligne dans une prochaine édition. La transcription ci-dessus ne correspond qu'en partie à celle de A. Martinet.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi > Anglonautes > Grammaire anglaise explicative > Niveau avancé

 

be + -ing :

anaphores textuelles et / ou visuelles >

commentaire, reprise, reformulation,

développement, présupposé,

inférence, conséquence,

explication, emphase

 

 

 

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